Avec Lointain souvenir de la peau, l’écrivain américain Russell Banks raconte à nouveau l’Amérique de l’exclusion, des marginaux. Dans un très bon roman qui vient de paraître aux éditions Actes Sud / Leméac, il nous plonge au coeur d’une Amérique dont on ne parle pas tous les jours.
Cette fois, l’auteur de Sous le règne de Bone, De beaux lendemains et de American Darling s’attaque au délicat sujet de la délinquance sexuelle. Ou plus exactement, à ses conséquences. Au coeur de cette histoire il y a le Kid, un délinquant sexuel de 21 ans qui est obligé de vivre sous le viaduc Claybourne, dans la ville Calusa en Floride. Listé dans un fichier public répertoriant les individus à potentiel dangereux, le Kid rejoint ce campement d’infortune où survivent les « lépreux sociaux ». Laissé-pour-compte depuis son plus jeune âge, le Kid n’a pour ami que Iggy, un iguane que sa mère nymphomane lui a offert à son jeune âge.
Question : Comment faire un roman, où le « héro » est un délinquant sexuel sans tomber dans le graveleux, le grincement de dents ni le mauvais goût ? Réponse : en choisissant un protagoniste qui n’en est pas vraiment un. Car oui, le Kid a bien cyber-dragué une fille de 14 ans sur Internet, s’est bien présenté chez elle avec des intentions peu catholiques mais n’est jamais passé à l’acte. Dans ces conditions, Russell Banks évite de mettre le lecteur dans l’inconfortable position de côtoyer un pédophile, ni à en partager le quotidien pendant plus de 400 pages.
Jamais complaisant, Lointain souvenir de la peau nous plonge avec un sens très aiguisé dans la réalité de cette Amérique des exclus, de ceux qui ont un bracelet électronique au pied et qui ont recréé une société en marge de la société des gens dits « normaux ». Bienvenue dans le ghetto. Mais là où Russell Banks fait très fort c’est en greffant, comme à son habitude, une autre histoire à celle que l’on peut considérer comme principale. Et c’est ainsi que débarque le Professeur, un génie au QI qui explose le plafond. Sociologue de son état, il étudie les marginaux en général et les délinquants sexuels en particulier. Entre lui et le Kid s’installe une relation professionnelle puisque l’universitaire décide de faire du gamin son sujet d’étude, comme un rat de laboratoire. Mais très vite, la part d’ombre que le professeur porte en lui saute aux yeux du Kid, qui cherche à comprendre qui est ce drôle de bonhomme obèse. Quelle est son histoire ?
Mélange des genre donc, portrait sociologique aux accents de polar et de roman d’espionnage, Lointain souvenir de la peau réussit à nous tenir en haleine. Dans un style direct, le roman ne se lâche pas. On attend déjà le prochain Russell Banks avec impatience…
Grand fan de Jack Kerouac, Russell Banks est l’auteur de nombreux recueils de nouvelles et romans dont plusieurs ont été adaptés au cinéma. Il vit aujourd’hui à New York et enseigne à l’université de Princeton.
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