Un très bon livre pour tout savoir sur le temps… qui passe

Voici une énigme, un peu comme celles du Père Fouras de Fort Boyard, mais on n’est pas obligé de sauter dans l’eau glacée si on ne parvient pas à la résoudre.

« On ne peut le voir, l’entendre, le toucher ou le sentir et, pourtant, il gouverne nos vies et tout ce qui nous entoure. On peut le mesurer avec une incroyable précision, mais le temps reste pourtant l’un des aspects les plus étranges de l’univers. Il varie d’un endroit à l’autre et, plus on s’élève, plus il ralentit. Il s’arrête à la vitesse de la lumière et nous savons tous qu’il semble passer deux fois moins vite quand on s’ennuie ».

« La réponse est… » demande le vieux monsieur… le temps !

Et quelle bonne surprise que cet ouvrage absolument génial sur cette impalpable notion qui unit les hommes, les dinosaures et le Grand Big Bang depuis la nuit des….temps, justement. En plus de 250 pages, Adam Hart-Davis, fait le tour de l’horloge mais surtout de la question. Le temps est abordé, expliqué, analysé, décortiqué avec une minutie qui confine à l’horlogerie suisse. À travers absolument tous ses aspects, le temps coule au fil des pages: objet scientifique, philosophique, religieux, médical…

Toutes les questions relatives au temps que l’on peut se poser s’y trouvent: pourquoi y a-t-il 365 jours dans une année ou 60 minutes dans une heure ? Peut-on voyager dans le temps ? Qu’est-ce que c’est exactement la théorie de la relativité ? Le moment présent existe-t-il vraiment ?

C’est très bien illustré, avec des tas d’encadrés qui complètent l’information principale. Une kyrielle de dessins, photos, documents qui font qu’on lit ça avec plaisir et sans regarder l’heure qui tourne… ce qui tombe plutôt pas mal pour illustrer la sensation relative que l’on éprouve vis-à-vis du temps qui passe. L’auteur, Adam Hart-Davis, est scientifique, photographe, historien et animateur de télévision bien connu outre-Atlantique et a fait une belle job de vulgarisation scientifique. On regrette simplement qu’il ne nous ait pas donné, à la dernière page… le temps qu’il fera demain. Mais on peut pas tout avoir…

Le livre du Temps (Éditions Broquet ) 29,95$

Le livre de philosophie culinaire de Normand Laprise (Toqué!)

En lançant son premier livre de recettes, TOQUÉ! les artisans d’une gastronomie québécoise, Normand Laprise a mis la barre très haut. À chaque rentrée, c’est une kyrielle de bouquins de cuisine qui déferlent sur le Québec. Dans cette avalanche d’ouvrages qui ont tous plus ou moins pour but de présenter des recettes, il y a certains ouvrages qui se distinguent des autres. C’est le cas pour ce livre-là. Pourquoi ? Tout simplement parce que ce n’est pas un livre de cuisine. La plupart des livres de cuisine « traditionnels » comportent des recettes, quelques termes techniques comme couteau, bol ou spatule (excusez, je débute en cuisine) ou quelques conseils sur comment bien réussir un oeuf poché sans se bouillir les phalanges en le sortant de l’eau. Bref un livre de cuisine c’est souvent ça, une méthodologie à suivre scrupuleusement.

Normand Laprise et son équipe (Christine Lamarche et Charles-Antoine Crête notamment) ont certes consigné ici des recettes de cuisine, mais ils ont surtout essayé de transmettre sa façon de cuisiner, et là, on sort de derrière les fourneaux.

La cuisine n’est rien si on la limite à la technique pure. La cuisine ne prend véritablement son sens qu’à partir du moment où elle s’inscrit dans une façon de faire, un savoir-faire plus large, qui englobe le choix des produits, le rapport que l’on entretient avec les producteur, sa façon de penser son travail. La cuisine de Normand Laprise c’est aussi et surtou Ghislain, ce pêcheur des îles de la Madeleine, ce sont le pissenlit, l’épine-vinette ou l’argousier qui sont salués comme on saluerait un ami dans ce livre. Ce sont eux les vedettes du livre et ils se retrouvent mis en lumière magnifiquement bien, et je ne parle pas de l’éclairage au demeurant très léché de la photographe Dominique Malaterre. Non, je parle d’un éclairage plus chaleureux que ce que peut fournir une ampoule ou un flash. La cuisine telle que la conçoit le chef du Toqué est composée de tous ces élément humains, de tous ces produits. Lui n’est là qu’en bout de ligne, pour composer selon les arrivages, un menu de saison.

Le sous-titre du bouquin en dit long à cet égard d’ailleurs: "les artisans d’une gastronomie québécoise". Même en couverture les artisans avec lesquels le chef travaille au quotidien depuis bientôt 20 ans sont mis en valeur. Chaque recette est finalement un prétexte pour parler d’un poisson, d’un légume, de la façon dont ils doivent être produits, des bonnes méthodes de production.

Finalement, ce qu’il y a à prendre et à apprendre de ce joli pavé de 2,2 kg (462 pages) ne réside pas dans les recettes qu’on y trouve mais bien dans ce qu’il y a tout autour, dans les descriptions de produits et des artisans de l’ombre qui participent, au fil des saisons, de cette identité culinaire québécoise fragile encore, mais qui existe bel et bien. L’égo a été mis de côté et on entre au fil des pages dans l’univers de Normand Laprise, on aborde sa façon de travailler et de penser, son amour du terroir, ce concept tant galvaudé depuis quelques années, sa philosophie en tant que cuisinier, et c’est précisément ce dont il s’agit, d’une philosophie culinaire. Voilà pourquoi ce n’est pas un bouquin de cuisine, c’est un livre de philosophie avec des recettes à l’intérieur.

TOQUÉ! les artisans d’une gastronomie québécoise (Éditions du passage) 69,95$
Photographie : Dominique Malaterre – tilt.ca / Graphisme : Raphaël Daudelin, Feed – studiofeed.ca

Disponible en librairie dès le 24 octobre 2012

Le livre de recettes express de Coup de pouce

Voilà un livre de recettes pour les gens pressés… mais pas uniquement. L’équipe du magazine Coup de pouce vient de sortir Nos 225 meilleures recettes express un livre qui se veut le meilleur ami des gens qui n’ont pas 4h à consacrer à la cuisine mais ont néanmoins envie de manger de bons petits plats. Est-ce la quadrature du cercle ? L’impossible pari à tenir ?

Et bien, c’est possible. On trouve dans cet ouvrage des plats réalisables en 30 minutes chrono, des mets qui requièrent moins de sept ingrédients, etc. C’est découpé intelligemment en huit sections qui me plaisent bien par leur côté bonne franquette, simple à faire. On aime la très pratique « Recevoir sans se casser la tête » et aussi celle intitulée « directement du garde-manger » On y trouvera entre autres comment faire une salade de chèvre chaud aux pistaches, du guacamole au basilic ou encore du poulet de Cornouailles au piri-piri.

J’ai essayé leur recette de friftata au jambon et cheddar, très simple bien expliquée, avec en plus des propositions de variantes (à la dinde fumée et gruyère) histoire de refaire le même plat une autre fois sans avoir une impression de "déjà-mangé".

Ceux qui ont besoin de suivre leur consommation calorique seront ravis d’apprendre qu’en bas de chaque recette on trouve le nombre de calories, de protéines, de cholestérol, de sodium etc.

Les photos qui accompagnent les recettes sont de type Comfort Food. J’entends par là qu’elles misent moins sur un côté artistique qu’une volonté évidente de donner envie à monsieur et madame tout le monde. Bien vu. Le livre n’est pas prétentieux et il en va de même des photos. Seul bémol certaines recettes ne sont pas accompagnées de photos, on aurait aimé que ce fût le cas, toujours plus invitant les photos dans une recette.

On ajoute à ça des idées d’accompagnements simples à réaliser, des douceurs sucrées, des conseils techniques pour cuisiner et on a sur 300 pages un livre de recettes qui tient la route et qu’on a envie de garder très proche de sa table de travail…

 

Nos 225 meilleures recettes express
(Les édition Transontinental), 29,95$
Pour acheter le livre

Lointain souvenir de la peau: le dernier Russell Banks

Avec Lointain souvenir de la peau, l’écrivain américain Russell Banks raconte à nouveau l’Amérique de l’exclusion, des marginaux. Dans un très bon roman qui vient de paraître aux éditions Actes Sud / Leméac, il nous plonge au coeur d’une Amérique dont on ne parle pas tous les jours.

Cette fois, l’auteur de Sous le règne de Bone, De beaux lendemains et de American Darling s’attaque au délicat sujet de la délinquance sexuelle. Ou plus exactement, à ses conséquences. Au coeur de cette histoire il y a le Kid, un délinquant sexuel de 21 ans qui est obligé de vivre sous le viaduc Claybourne, dans la ville Calusa en Floride. Listé dans un fichier public répertoriant les individus à potentiel dangereux, le Kid rejoint ce campement d’infortune où survivent les « lépreux sociaux ». Laissé-pour-compte depuis son plus jeune âge, le Kid n’a pour ami que Iggy, un iguane que sa mère nymphomane lui a offert à son jeune âge.

Question : Comment faire un roman, où le « héro » est un délinquant sexuel sans tomber dans le graveleux, le grincement de dents ni le mauvais goût ? Réponse : en choisissant un protagoniste qui n’en est pas vraiment un. Car oui, le Kid a bien cyber-dragué une fille de 14 ans sur Internet, s’est bien présenté chez elle avec des intentions peu catholiques mais n’est jamais passé à l’acte. Dans ces conditions, Russell Banks évite de mettre le lecteur dans l’inconfortable position de côtoyer un pédophile, ni à en partager le quotidien pendant plus de 400 pages.

Jamais complaisant, Lointain souvenir de la peau nous plonge avec un sens très aiguisé dans la réalité de cette Amérique des exclus, de ceux qui ont un bracelet électronique au pied et qui ont recréé une société en marge de la société des gens dits « normaux ». Bienvenue dans le ghetto. Mais là où Russell Banks fait très fort c’est en greffant, comme à son habitude, une autre histoire à celle que l’on peut considérer comme principale. Et c’est ainsi que débarque le Professeur, un génie au QI qui explose le plafond. Sociologue de son état, il étudie les marginaux en général et les délinquants sexuels en particulier. Entre lui et le Kid s’installe une relation professionnelle puisque l’universitaire décide de faire du gamin son sujet d’étude, comme un rat de laboratoire. Mais très vite, la part d’ombre que le professeur porte en lui saute aux yeux du Kid, qui cherche à comprendre qui est ce drôle de bonhomme obèse. Quelle est son histoire ?

Mélange des genre donc, portrait sociologique aux accents de polar et de roman d’espionnage, Lointain souvenir de la peau réussit à nous tenir en haleine. Dans un style direct, le roman ne se lâche pas. On attend déjà le prochain Russell Banks avec impatience…

Grand fan de Jack Kerouac, Russell Banks est l’auteur de nombreux recueils de nouvelles et romans dont plusieurs ont été adaptés au cinéma. Il vit aujourd’hui à New York et enseigne à l’université de Princeton.

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